Guide pour l’investisseur par temps de grippe aviaire suite 2

Publié le par RR

Guide pour l’investisseur par temps de grippe aviaire
 
Partie II du digest
Cette partie II représente un digest sur la moitié du rapport,
Troisième digest introduction jusqu'au SRAS
Dr. Sherry Cooper        
 
Le texte qui suit est un digest – traduction et concentration – réalisé sur le Drakkar Bleu Noir d’un rapport écrit en anglais par les membres de la BMO suivants :
 
Dr Sherry Cooper Executive Vice-Président, Chef Economiste, Global Economist Strategist, past member du staff de Paul Volcker,
 
Donald G.M. Coxe, Global Portofolio Strategist, Chairman and Chief Strategist,
 
La présentation est faite par Mike Miller CFA Director of Research et Paul Campbell, Associate Director.
 
Pour des infos sur BMO
voir dans les articles publiés sur le Drakkar Bleu Noir  santé spécial grippe aviaire impact économique
 
 
 
 
 
 
                 Mike Miller, CFA          Donald G. M. Coxe           Dr. Sherry Cooper
 
 
Ce guide est composé de trois parties : une petite partie et deux développements plus importants.
 
Les idées fortes relevées lors de la lecture sont les suivantes:
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Pandémies, Panique et  Economie Globale.
 
Développement de Dr. Sherry Cooper 
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Quand bien même y sont-ils préparés, il est périlleux pour les économistes de prédire les implications économiques d’un événement sans précédent. Il y a 20 ans pratiquement, le Président de la FED, Alan GREENSPAN a mis sur pied une équipe spéciale de gestion de crise et ses membres n’ont jamais échoué, que  ce soit lors de l’écroulement financier des marchés et des faillites, comme le crash boursier de 1987 ou le problème de la dette Russe en 1998, qui nous conduisit à une renégociation et un étalement de la dette, où le terrorisme, la guerre, la crise financière Asiatique, les scandales d’entreprises, les envolées du prix du baril de pétrole, les crises politiques et les épidémies et pandémies, la FED doit faire face. Elle se voit comme la gardienne de la sécurité et de l’efficacité des marchés financiers, la détentrice de l’ultime recours pour le système bancaire et financier de la planète.

Comme un Economiste tout fraîchement promu, je me suis fait les dents à la FED sous les auspices de Paul VOLCKER et de 2 de ses prédécesseurs.Les crises d’alors étaient l’inflation galopante, l’écroulement de « Continental Illinois », de « Drysdale Securities », le scandale des obligations pourries (Junk Bond) et, dans le prolongement, la crise dans les secteurs de l’épargne et des prêts, l’accroissement des déficits budgétaires, les prises de participation de Jimmy CARTER, l’envolée des taux d’intérêt menant à l’écroulement du marché immobilier, les secteurs agricoles et de la construction, la crise de l’énergie et le gel des avoirs Iraniens, conséquence de la prise d’otage en Iran, pour n’en citer que quelques uns.

Aujourd’hui, les fonctionnaires de la santé publique avertissent de la possibilité (ou est-ce une probabilité ?) d’une pandémie de grippe, actuellement en phase de gestation sous le type grippe H5N1, plus connue sous le nom de grippe aviaire. Certains, dans la communauté médicale, suggèrent que le réseau mondial des organisations de santé publique est dans un état de « panique maîtrisée ».

Sans inventorier ni évaluer les chances d’une pandémie touchant l’espèce humaine dans les mois ou les années qui viennent car nous ‘avons pas l’expertise pour cela, et la communauté scientifique semble relativement certaine de sa survenue ; nous assimilerons une telle catastrophe aux crises du passé pour avoir le contexte général des conséquences économiques.

L’hypothèse plancher est qu’une pandémie, même particulièrement moins virulente que celle de la grippe de 1918, aurait d’énormes effets perturbateurs. Selon sa durée et sa sévérité, son impact économique pourrait être comparable, au moins pour un court moment, à la grande dépression des années 30.

L’impulsion de cette dépression serait cette fois la diffusion rapide de la maladie et la panique qui s’en suivrait. La rupture dans les affaires pourrait être analogue au « Smoot-Hawley Tariff» de 1930, avec une donnée pire : le nombre composant le flux spontané des migrants serait diminué. Conséquence de l’écroulement des transports aériens, terrestres ou maritimes, du secteur du tourisme et de l’hôtellerie, le secteur des approvisionnements et de la distribution, dépendant des exportations et des importations, serait laminé, au moins pendant un certain temps.

Cela déclencherait des saisies et des faillites, des limitations de crédits et la panique financière. De plus, des pans entiers de la population seraient incapables de travailler, à cause de la maladie, des services de soins ou de la quarantaine. Les écoles (et probablement les maisons de repos) seront fermées car les enfants jeunes et les personnes âgées pourraient bien être particulièrement vulnérables aux attaques de la maladie. Cela touchera de nombreux ouvriers en les rendant inaptes. En outre, si les experts ne se trompent pas dans ce qu’ils appellent, comme Don le rapporte, une tempête de cytokine, où ce sont ceux dont le système immunitaire est le plus fort qui sont le plus exposés, ce serait la plus grande partie de la main-d’œuvre des 20-40 ans qui serait sévèrement touchée.

Les affaires subiraient les conséquences de la réduction du travail à un moment où le marché du travail aux USA et au Canada est assez tendu. De plus, le secteur des assurances, en particulier, sera décimé. Les services médicaux seront tendus au delà du point de rupture ; beaucoup d’équipements de soins intensifs sont déjà surexploités, spécialement au Canada. Tous les endroits accueillant du public seront fermés, tout comme les services de transit de masse et les services non essentiels… Les services de santé publique en première ligne et les soignants seront essentiels et, de parleur expérience passée, beaucoup d’entre eux seront infectés et soumis à une quarantaine, malgré tous nos efforts de prévention, d’immunisation ou de protection par antibiotiques.

Les affaires mettraient volontairement à l’écart, en quarantaine, une proportion significative de leur personnel essentiel, afin d’avoir une équipe de réserve en cas d’urgence. Les grandes villes avec leur population dense dans les zones résidentielles, les surfaces commerciales et leurs bureaux, devraient être les plus durement touchées.

Les gens fuiraient les grands ensembles de bureaux et les grands ensembles de copropriétés, non pas à cause du terrorisme, mais à cause de la mature microbienne de l’attaque. Le stockage de réserves d’alimentation de base, de médicaments, d’eau, d’énergie et de produits d’urgence, provoquerait rapidement des pénuries et la brusque élévation des prix (rappel de la course aux masques à gaz à New York après le 9/11).

Dans un temps relativement court, le  ralentissement de presque toute l’activité économique non essentielle déclencherait une baisse de la consommation, provoquant une déflation et un haut niveau de chômage « involontaire ».

Les ménages seraient incapables de faire face à leurs échéances et au paiement des cartes de crédit. Les affaires aussi ne respecteraient pas leurs engagements concernant leurs dettes. Les pertes sur prêts bancaires pourraient monter brusquement, au moins temporairement, par la lutte des institutions financières à fournir des liquidités, soulager ou réduire la charge des  crédits et maintenir leurs activités de négoce et de prêt en faisant face à des baisses de charges de travail.

Les pays les plus pauvres seraient les plus durement touchés, car ils ne sont pas préparés, ils n’ont pas d’équipes de santé publique efficaces, ni de ressources réelles, ni de réserves disponibles.

Le Chine et l’Inde, avec leurs 2.4 milliards d’habitants, dont beaucoup vivent dans des quartiers fermés ave leurs animaux et volailles, seront aussi spécialement touchées, et l’impact de leur baisse d’activité aura des effets dévastateurs sur le reste du monde.
Aujourd’hui, ces deux pays représentent 35% de la population mondiale et disent avoir les économies avec la croissance la plus forte. Ils sont directement responsables de la croissance dans d’autres pays d’Asie, la Russie et l’Amérique Latine, et participent, certainement, à la croissance de l’Australie, du Canada et des pays de production primaire.

La Chine est particulièrement importante, car c’est le consommateur n°1 de ciment, de minerai de fer, d’acier, d’aluminium, de cuivre et de charbon, et le n°2 en consommation de pétrole, derrière les USA. Un ralentissement important conduirait à une baisse sur le prix des marchandises, comme Don le rapporte, et une rupture énorme de la chaîne d’approvisionnement international.

Dans un monde où la gestion des stocks est en juste à temps pour les matières premières, les produits finis et le travail, la rupture aux ports, aéroports, gares et frontières nous conduiraient très vite à des coquilles vides.

Les services de santé, vaccins et antibiotiques, masques et autres matériels de protection auraient des stocks faibles indépendamment du prix ; chaque secteur et chaque affaire dans chaque pays seraient affectés.

La marche des magasins d’alimentation et d’approvisionnement sera perturbée par les personnes paniquées, passant du régime alimentaire carnivore au régime végétarien (rappelez-vous ce que l’ESB a fait à la consommation du bœuf).Non seulement, il faudra éviter la volaille et les œufs, mais aussi le porc et d’autres animaux capables de transmettre la maladie aux humains. La Thaïlande et la Chine sont les principaux exportateurs de poulets.

Le comportement irrationnel lié à la panique suivrait. Les gens voudront se laver les mains constamment, avec des agents antibactériens. Ils se méfieront des Asiatiques et de leurs restaurants. Ils auront peur de sortir de leur maison. Ils seront obsédés par les statistiques en temps réel, sur Internet, et dans les media, donnant le dernier nombre de cas infectés et de décès.

Pensez à la couverture médiatique sur l’ouragan en Floride pour un événement plus catastrophique, lointain et sur une surface beaucoup plus large.

Aller, alors, vers la sécurité sur les marchés financiers est un réflexe naturel. Initialement l’or, le dollar US et le Trésor US seraient bénéficiaires. La cote de l’or monterait et resterait en haut pour quelque temps, malgré la liquidation potentielle des bijouteries. Nous avons vu le coup sec sur le prix de l’or après le 9/11 et la diminution après la crise passée. Les gens seraient vigilants sur la vulnérabilité à la vente massive par les banques centrales Asiatiques dont les réserves, particulièrement en Chine eu au Japon, sont énormes.Les ventes pourraient arriver par l’ouverture des coffres gouvernementaux pour financer l’aide et la prévention. Les taux d’intérêts, cependant, tomberaient en fin de compte brusquement, comme dans la dépression, quand les forces déflationnistes prendraient le dessus , l’activité économique ralentirait et la demande de crédit serait plombée.Le crédit du risque premier monterait brusquement. Ceux qui auraient déjà réorganisé leur dette, perdraient leur maison et leurs affaires. L’afflux soudain de biens à louer ou à acheter (dont les locataires ou propriétaires seraient morts ou sans ressources) crèverait la bulle financière.

Comme Don le suggère, ceux qui pourraient protéger leurs actifs et rester sur une position de  « cash » profiteraient, en fin de compte, en achetant à prix cassés de l’immobilier, des exploitations agricoles, des affaires et des actions. Cela semble plutôt dur, parce que le chiffre des morts pourrait être si élevé, mais ceux, qui auraient pu être en position de cash avant la dépression, seraient capables de reprendre à la pelle les propriétés des personnes fortement endettées. Une pandémie serait plus terrible encore si elle jetait à la rue et grossissait les files d’attente devant la soupe populaire.

Les effets psychologiques de la pandémie pourraient même être à effets prolongés. Les dysfonctionnements post-traumatiques se développeront graduellement après les premiers cas d’urgence, et pourraient durer pendant une période assez étendue, voire une génération. Nous avons vu cela aux USA après le 9/11 et nous commençons à le voir au Royaume Uni depuis le 7/7/05. Les Israéliens, et sans doute leurs voisins Palestiniens, souffrent du DPT depuis des années. Les gens perdent confiance, sont dépressifs, fatigués, irritables, davantage précautionneux et paranoïaques et accusateurs. Politiciens et fonctionnaires perdent leurs emplois. Les pays se retournent contre les pays et deviendront méfiants à l’encontre des organismes internationaux, comme l’ONU ou l’OMS. Les libertés individuelles et de mouvement seront probablement entravées par les restrictions gouvernementales. Les libertés civiques seraient aussi mises en danger par des reproches mal fondés à l’encontre des personnes d’origine Asiatique.

Les enfants traumatisés pourraient avoir des déficiences mentales et des problèmes d’apprentissage. Les adultes aussi, et tous pleureront la perte de personnes aimées, de voisins et de collègues. Personne ne se sentira en sécurité, un sentiment d’insécurité qui est déjà en cours avec le terrorisme et la guerre. Les entreprises qui soutiendront leurs ouvriers infectés et leurs clients, tout comme leurs familles, seront glorifiées, mais beaucoup ne le seront pas. Ce sera un fardeau pour beaucoup de compagnies, surtout les petites et celles qui auront subi de très hauts taux de mortalité.

Les personnes resteraient cloîtrées à la maison, avec leurs proches et leurs amis dans leur cocon, comme nous l’avons vu à New York City.

Les chômeurs, les indépendants, et les sans assurances compteraient sur l’aide des gouvernements. La communauté médicale internationale créerait  rapidement des commissions pour la sécurité de la santé mondiale, et le plus tôt sera le mieux, des sommes  considérables seront mises sur la prévention, la détection, la surveillance, et, cela en plus des sommes déjà mises sur la recherche de maîtrise de la situation avant le déclenchement de la pandémie.

Je suis sûre que beaucoup de lecteurs pensent que je suis « une poulette affolée » ou une Cassandre*.

Certes, je ne sais pas si une pandémie arrivera dans les années qui viennent. Et, si elle arrive, je n’ai aucune idée sur sa sévérité ni sur sa durée ; mes commentaires n’ont été jusqu’à présent que spéculatifs ou simplement suggestifs sur ce qui pourrait arriver. Plus je pense à cette pandémie, plus elle me paraît sinistre.

Certainement, il y aura des gagnants, comme les dépôts mortuaires et d’autres affaires du « business » de la mort, et aussi une certaine industrie pharmaceutique et des établissements de santé privés, mais ils seront peu nombreux et d’un poids économique relativement faible.

L’expérience du passé récent est un témoignage sur l’élasticité de l’économie mondiale et des marchés financiers mondiaux. Quelques secteurs de l’économie rebondiraient rapidement, mais d’autres subiraient des effets plus durables.

Je peux imaginer ces effets, car j’ai, récemment, vécu le mini-test d’une crise de santé publique : l’éruption du SRAS à Toronto.

S.R.A.S.

Par certains côtés, la pandémie de SRAS fut tout à fait modérée, mais il est certain que la situation s’est dégradée dans les 2ers trimestres de 2003. Dans le monde entier, dans plus de 25 pays, 8 097 personnes furent infectées, et 775 périrent selon les dernières statistiques établies par l’OMS (cf. tableau 1).

On montre aussi dans ce tableau le coût par pays d’Asie et le niveau de perte (5% des points de croissance).

Rapprochez-le du coût significatif pour le Canada, et vous verrez ce qu’une pandémie courte et limitée, qui aura fait 1 000 morts, a produit comme effet sur une activité économique et une population saine.

A suivre – sur le Drakkar Bleu Noir prochain (et final) digest sur le SRAS à Toronto, et l’impact sur l’économie Canadienne.

*Cassandre

 

Publié dans Santé

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ryback 09/10/2005 17:07

Re. Concernant vos deux articles je les mets en lien chez moi suite à l'article du new york times sur le plan US de la grippe aviaire. Cela donnera une bonne idée aux personnes intéressées des évolutions envisageables dans une telle situation.

ryback 02/10/2005 11:01

Particulièrement intéressant cet article que je classe personnellement dans la gestion de crise d'un pays. Oui, ça laisse pensif sur les évènements qui pourraient se produire. Bien évidemment, personne ne l'espère.