Chronique triste d’un 26 avril en 2007

Publié le par RR

Chronique triste d’un 26 avril en 2007
 
Cela avait bien commencé,
 
Départ de Lille sous un soleil méridional, une fin de mission sympathique où, sortant des sentiers battus et rebattus, j’avais eu quelques échanges avec mon client sur cette citation de Novalis, poète allemand (1772-1801) « C’est vers l’intérieur que va le chemin mystérieux ».
 
Ensuite … du banal,
Gare de Lyon, j’attends mon train.
 
Soudain, je remarque, sans trop y faire attention, la mise en place d’un comité d’accueil d’une petite dizaine d’agents de la SNCF ; je découvre plus tard qu’ils donneront des formulaires pour remboursement suite au retard important d’un  TGV en provenance de Montpellier.
 
Je remarque, toujours sans trop y faire attention, l’arrivée d’une escouade de 5 policiers en tenue ,une jeune femme blonde et 4 collègues, bientôt rejoints par 3 gendarmes en uniforme noir de la Garde mobile sans doute.
 
J’observe que deux des policiers en tenue  se détachent et vont plus avant sur le quai où arrivera ce fichu TGV.
 
Fichu TGV…
 
Le TGV arrive,
Les usagers passent , pas en file indienne mais à plusieurs de front, et retirent leurs formulaires.
 
Bref … du banal encore…
 
Mon regard est alors attiré par un mouvement rapide sur ma gauche et là je vois deux des policiers qui demandent en douceur à deux hommes de s’arrêter.
Deux hommes originaires probablement d’Indonésie, l’un plus jeune que l’autre, âgé d’environ 45 ans, deux sacs plastiques à la main. « Propres sur eux » comme l’ « on » dit.
 
Toujours doucement, les deux policiers les rabattent vers leurs collègues, en bout de quai et placent les deux hommes vers les voies.
 
Et là, je vois des effets sortis du sac, une palpation, une deuxième palpation et je comprends… je ne comprends qu’en temps décalé, stupéfait.
 
Je comprends que ces deux hommes qui l’avait évitée quelques instants plus tôt, viennent de tomber dans une nasse.
 
Un des policiers utilisant son téléphone portable – sans doute de service - cherche à joindre qui ?..je ne sais.
 
Moi désemparé d’être tombé sur le répondeur d’un ami avocat, je me rappelle d’étranges histoires que ma mère de 80 ans m’a souvent racontées.
 
Je vois que les techniques de maîtrise de l’espace des quais de gare n’ont pas changé d’un iota depuis qu’elles ont été mises au point par l’armée d’occupation allemande – le contrôle strict des quais, généralement clos à l’époque - lorsqu’elle luttait contre le marché noir, marché de la débrouillardise pour survivre.
 
Et voilà, en cette république, je vois sous mes yeux des fonctionnaires, des fonctionnaires français pas d’occupation, faire leur métier en application de lois votées par nos députés.
 
Ma mère à l’époque rapportait à la maison des provisions d’haricots et autres fromages qui permettaient à sa fratrie composée de 12 enfants de vivre.
 
Et ces deux hommes ?
Pas touristes, n’en déplaise au flair de chiens de chasse – genre Setter ou Braque- des deux policiers,
Deux hommes, vus leur vêture et leur maigre bagage, sans doute venus à Paris pour travailler. Eux aussi pour survivre, ils avaient pris le train.
 
Et soudain cet horrible doute et si tout ce joli monde du comité d’accueil avait été prévenu par qui, par on ne sait qui ?
 
Pourquoi ces policiers ont ils remonté le quai vide , qui attendaient ils ?
 
Si « on » les a prévenus alors la France pétainiste, celle des fichiers, l’immonde lie de la bête est toujours là !
 
Mon TGV m’a emporté vers cette lumière phocéenne, si accueillante des diversités.
 
Je me suis endormi,
Amer.
 
Une triste ritournelle dans la tête.
Dormez, dormez braves gens
Les bottes qui glissent sur les parquets,
Sur les airs des valses hongroises,
sont bien cirées..
RR

 

Publié dans Drakkar Bleu Noir

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ryback 27/04/2007 07:30

Slt.
Je pense que les gens peuvent poursuivre leurs vies traditionnelles....
Nous sommes en république et le passé ne peut pas revenir. Les citoyens ont des droits et ces droits sont votés également par les députés qui doivent aussi garantir la liberté de tout le monde.
Il est certain que ces deux personnes ne représentent peut être rien mais il faut bien que les limites soient appliquées, il en va d'un équilibre assez fragile dans une démocratie, non ?
Bonne semaine.