Le poids d'une plume dans la Balance

Publié le par RR

Face au marteau pilon de la Télévion

 Le poids d'une plume dans la Balance. 

à méditer cet extrait d'un édito du Journal de l'Ile de la Réunion "clicanoo"

 sur l'audition du Juge BURGAUD .

Reverzy, au secours, ils sont devenus fous " de Jacques TILLIER.

"...

Et l’on va se quitter avec l’affaire d’Outreau et le petit juge Fabrice Burgaud qui aurait du être entouré ce jour-là des 64 magistrats qui l’ont aidé à instruire pendant plus d’un an ce dramatique dossier. Autant vous le dire de suite, ce n’est pas le petit juge, plutôt courageux d’avoir accepté de venir dans ces conditions, devant les caméras, qui m’a choqué, ce sont ses juges, façon tricoteuses de 1789, les politiques, les parlementaires, ceux qui font les lois, Elisabeth Guigou, ancien ministre de la Justice, maquillée comme un moka, refaite comme une aile de 403, faussement ingénue, puis deux ou trois autres députés dont le rapporteur de la commission d’enquête et puis Georges Fenech, ancien juge d’instruction, mis en examen en 1997... Affligeant de les voir, faux-culs professionnels, certains d’entre eux avocats, qui semblaient découvrir la solitude du juge d’instruction, le premier poste, la prison, la détention provisoire, le parloir, la garde à vue, les flics, les gendarmes, les écoutes de parloir... J’ai trouvé ce cirque médiatique dégueulasse et assez cruel, façon procès Mac Carthy, et une certaine ressemblance dans le pathétique, juste avant le peloton d’exécution, avec Ceausescu, parfois hagard... Comment la République a-t-elle pu accepter de laisser à ce point piétiner l’institution judiciaire ; qu’un juge, accusé depuis plus d’un mois, bourré de médicaments, de calmants, qui tenait à peine debout, soit cloué au pilori, otage, en direct sur toutes les chaînes du pays, d’autant qu’il existe au sein de la magistrature une commission de discipline faite pour ça, prévue pour ça. D’autant plus dégueulasse qu’on avait tendance a oublier tout de même que dans cette triste affaire de pédophiles quatre ou cinq enfants ont été pendant des années violés, sodomisés, humiliés, vendus... et que quatre adultes ont été condamnés et qu’en visionnant sans cesse ces images, en entendant les cris de ces enfants il ne serait pas illégitime de péter les plombs. D’autant plus dégueulasse que la presse qui cogne aujourd’hui le petit juge s’est particulièrement distinguée dans cette affaire comme on sait parfois le faire et que le juge, avant de passer au trapèze des parlementaires, venait d’être contraint de respecter son devoir de réserve et le secret de l’instruction par l’inspection générale des services et le Conseil supérieur de la magistrature, sans quoi... D’autant plus dégueulasse que l’on sait bien, que l’on sait tous, que derrière cette mascarade faussement démocratique, sournoisement organisée, les jeux sont faits à la main des politiques qui vont s’en donner à cœur joie, rogner les ailes de la justice, en supprimant dans certains cas la détention provisoire, en cadenassant le juge d’instruction.... Voilà pourquoi mesdames messieurs faut vous attendre un de ces quatre à ne voir croupir dans les taules que les pauvres, les Noirs aussi...

Cela dit, ce n’est pas une raison pour que je passe dans la colonne profits et pertes les revanchards corporatistes qui me condamnent régulièrement histoire de tenter de me la boucler. Ce ne sont pas des petits juges, sortis de l’école, mais de vieux briscards, favorablement connus du landernau et des soirées dansantes de Tananarive... qui m’escagassent. Aussi, à la lecture du discours de rentrée solennelle du procureur général de la cour d’appel de Saint Denis, j’ai relevé ceci : " Le magistrat doit être un sage, un savant, un travailleur infatigable doté d’une solidité et d’un équilibre psychologique à toute épreuve, bref un saint laïc... Sa tâche relève souvent de la quadrature du cercle". Sauf que parmi les magistrats qui entourent le procureur général, dont certains sont si vieux dans le département qu’on se demande parfois s’ils n’ont pas connu La Buse, les épidémies de grippe espagnole, de variole, de peste et de choléra, je n’en connais aucun, mais alors pas un, qui corresponde de près ou de loin à ce profil de poste. Et cela, voyez-vous, c’est bien plus inquiétant pour l’institution judiciaire qu’un petit juge d’instruction à qui on ne reproche à ma connaissance aucune erreur de droit, mais d’avoir manqué d’humanité et d’humilité.

..."

Publié dans Politique

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Le Drakkar Bleu Noir 19/02/2006 23:01

Un grand merci Bernard pour ce commentaire bien éclairant

bernard 19/02/2006 17:21

Toute cette affaire surfait sur une ambiance générale et collective qui n'impliquait pas que la Justice mais tout un chacun, par une sorte de justice de Far west (à mort les pédophiles criait la foule sur le passage des accusés avant de les applaudir...). La pédophilie n'est le fait que de quelques uns mais elle a révélé que la justice de far west sommeille en chacun et qu'il suffit de créer les conditions voulues pour qu'elle se réveille, pulsant des instincts archaïques collectifs dont d'autres événements récents ont aussi apporté la démonstration de la réalité (à mort l'auteur des caricatures..).Quoiqu'on puisse penser de ces caricatures et de l'utilité de les publier,  toutes ces réactions collectives démontrent tout le chemin qui reste encore à parcourir à tous et à chacun et dont le juge Burgaud par exemple n'est que le fusible permettant d'éviter de se remettre en cause.