les stratégies prévues contre une pandémie grippale

Publié le par RR

Journal International de Médecine
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les stratégies prévues contre une pandémie grippale
 remises en cause dans le LANCET
ou
" Une question à 10 milliards de $ "
 
Une publication dans le Lancet remet en cause les stratégies prévues contre une pandémie grippale
Date de création : 23 janvier 2006.
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La stratégie à adopter face à une pandémie grippale dérivée du virus H5N1 responsable de l’épizootie actuelle de grippe aviaire est sans nul doute l’une des questions de santé publique les plus importantes à la quelle nous ayons été confrontés depuis des décennies. Divers plans de lutte contre cette pandémie éventuelle ont été élaborés pour pouvoir faire face aux scénarios possibles.
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A côté des mesures de lutte contre la propagation de la maladie (limitation des rassemblements, isolement des patients, utilisation de masques…) et d’une hypothétique vaccination, la prescription d’antiviraux est l’une des pierres angulaires de ces plans. Mais, même si les stocks de médicaments disponibles lors du début de la pandémie étaient suffisants, les produits dont nous disposons actuellement seront-ils efficaces ?
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Pour tenter d’apporter un début de réponse à cette question à 10 milliards de dollars, Tom Jefferson et coll. du célèbre groupe Cochrane se sont livrés à leur activité favorite, la méta-analyse.
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Ils ont tout d’abord fait le point sur les données dont nous disposons aujourd’hui sur l’efficacité et la tolérance des antiviraux dans les épidémies saisonnières de grippe A classique et ont retenu pour leur analyse 52 études randomisées.
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Sur les antiviraux les plus anciens, amantadine et rimantadine, leurs conclusions rejoignent celles des autorités américaines qui ont, à la mi-janvier 2006, recommandé de ne plus utiliser ces produits dans la prévention ou le traitement de la grippe classique. En dehors d’un taux de résistance virale devenu très élevé depuis quelques mois, pour Jefferson et coll. les résultats des études publiés rapportaient déjà une efficacité préventive et thérapeutique insuffisante et des effets secondaires relativement fréquents. Sur le plan thérapeutique par exemple, l’amantadine ne diminue la durée de la maladie que de un jour et n’a pas d’effet sur l’excrétion nasale du virus.
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Leur avis sur les antiviraux modernes, inhibiteurs de la neuraminidase, qu’il s’agisse de l’oseltamivir (Tamiflu) et du zanamivir (Relenza) est nettement plus dérangeant. Même s’ils constatent une efficacité statistiquement démontrée de ces 2 produits en prévention et en traitement vis-à-vis des infections symptomatiques à virus A classique, ils soulignent l’inconstance de ces effets (par exemple efficacité préventive de 61 % avec l’oseltamivir à la dose de 75 mg/j sur les grippes symptomatiques), la possibilité d’excrétion nasale du virus sous traitement et la fréquence de leurs effets secondaires. Contrairement aux recommandations des autorités sanitaires et notamment à celles de l’OMS, ils estiment que les inhibiteurs de la neuraminidase n’ont pas de place dans la prévention et le traitement de la grippe saisonnière. Sur ce point, leur argumentation paraît faible car l’absence d’une efficacité préventive et thérapeutique absolue n’est pas un élément suffisant pour déconseiller un médicament.
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En revanche leurs conclusions sur l’utilisation des inhibiteurs de la neuraminidase dans les cas humains de grippe aviaire rapportés depuis quelques mois en Asie, apparaissent un peu mieux étayées. Ils constatent que, d’une part, il n’existe aucune preuve d’une efficacité clinique majeure de ces produits dans la maladie humaine à virus H5N1 et, d’autre part, que les cas de résistance virale à l’oseltamivir se multiplient (16 % des cas chez 43 enfants traités et 2 patients vietnamiens sur 8). Ils renforcent leur vision négative de l’utilisation des inhibiteurs de la neuraminidase dans la grippe aviaire humaine par le rappel de l’échec relatif des traitements entrepris lors de l’épidémie humaine à virus H7N7 aux Pays-Bas en 2003.
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S’appuyant sur l’ensemble de ces constatations, pour Jefferson et coll. il ne faut donc pas trop attendre de l’utilisation des inhibiteurs de la neuraminidase en cas de pandémie grippale dérivée du virus H5N1. Sans permettre de juguler la transmission de la maladie ils pourraient, selon eux, être cependant utiles pour limiter les symptômes et les complications. Mais en aucun cas la possibilité de disposer de ces produits ne devrait conduire à baisser la garde concernant les autres mesures de prévention.
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On ne peut qu’espérer que cette vision très pessimiste soit contredite par les faits, si, malheureusement, une pandémie survenait. Et, pour paraphraser Churchill à propos de la démocratie, ces médicaments sont les pires…à l’exception de tous les autres.
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Dr Anastasia Roublev

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Jefferson T et coll. : « Antivirals for influenza in healthy adults : systematic review. » Lancet 2006 ; publication avancée en ligne le 19 janvier 2006 (DOI :10.1016/50140-6736(06)67970-1). © Copyright 2005
http://www.jim.fr
 
Merci à  Paule Neyrat de la liste H5N1 de l'INRA pour la source.
 
La réponse de ROCHE à l'étude de Jefferson & Al.

   

  

 L'article  du Drakkar Bleu Noir présentant la démarche "méta-analyse".

  

Antivirals for influenza - Q&A about Cochrane reviews in The Lancet, 19 January 2006
 
 
 
L'article sur le site du JIM

Publié dans Santé

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