La Chronique Mensuelle de Michel Onfray n°7 Décembre 2005

Publié le par RR

trouvé en surfant ,

après une visite au  site d'Etienne CHOUARD :  

La Chronique Mensuelle de Michel Onfray

7 - Décembre 2005

 Philosopher au Karcher

Un ami français vivant au Japon m’interroge sur l’embrasement des banlieues. Pour ce faire, je lui prépare des articles de presse, je collectionne les interventions d’intellectuels, je classe les avis de philosophes et nous en reparlerons à Noël quand nous nous retrouverons. En attendant, la pile de documents accumulés mérite qu’on s’y arrête !

Je récapitule : Attali déplore l’inaction des politiques depuis vingt ans. Je rêve ! Que fit ce conseiller du Prince auprès du fossoyeur de la gauche pendant deux septennats ? Sa solution : donner les moyens aux jeunes des banlieues pour devenir chef d’entreprise. Bravo ! Super… BHL n’y comprend rien : énergie noire, tourbillon de nihilisme, pas de rationalité. Ah bon ? Ce sartrien a-t-il oublié les analyses de la Critique de la raison dialectique sur les relations entre violence et politique ? Badiou, défenseur des crimes maoïstes – lire Le siècle…-, rapporte les mésaventures de son fils adoptif, noir, embarqué par la police alors qu’il accompagne un copain qui négocie un vélo probablement sans facture : quel rapport entre cette anecdote et la crise ? Carrère d’Encausse, bicornée à la télévision russe, voit des nègres polygames partout et des familles nombreuses qui débordent dans les cités, s’ennuient, donc cassent et brûlent. Profond ! Baudrillard vaticine : néant, décadence, désintégration, déshérence : « Nique ta mère » dit le titre de son article, la page en dessous est inutile, le titre suffit. André Glucskmann associe les incendiaires et les électeurs du non aux dernier référendum. Ben voyons ! Ces nihilistes des cités sont du même tonneau que les défenseurs de Saddam Hussein et de Poutine ! André, tu déjantes… Finkielkraut mériterait la chronique a lui seul : il n’aime pas les blacks, les beurs, les footballeurs, les rappeurs, les jeunes, les musulmans, en revanche, il apprécie le colonialisme, la république, la France aux français. S’il n’aime pas Le Pen, Le Pen, lui, va finir par l’aimer… Régis Debray déplore le manque de religieux qui crée si bien le lien social ! Ah, l’eau bénite républicaine, quel placebo sublime, quelle panacée ! Sollers affirme que ce cri n’a qu’un seul destinataire : Chirac… Ah oui, vraiment ? Malek Chebel ne comprend pas, l’Islam est une religion de paix et d’amour – mais ça n’était pas la question. Sibony débite son Freud et disserte sur la régression archaïque… Bien, bien.

Je suis stupéfait : aucune analyse politique, pas de considération sur ce nouveau lumpenprolétariat survivant dans les cités, nulle part les mots qui fâchent et qui expliquent : libéralisme, loi du marché, chômage, misère, paupérisation, urbanisme, logement, racisme, discrimination. Récuser le politique – et la politique - c’est reculer pour mieux sauter – au sens pyrotechnique du terme...

Michel Onfray

le site des chroniques

Publié dans Politique

Commenter cet article