Virus sans barrière

Publié le par RR

Virus sans barrière
 
EUROPA recherche a édité en novembre 2003 cet article dans sa revue RDT info repris en février 2004 par Futura-Sciences
 
RDT Info est un magazine trimestriel édité par la Commission européenne qui présente l'actualité scientifique européenne et des résultats de recherches à l'attention d'un large public. Le fil conducteur de cette publication est la dimension européenne.
 
Son contenu toujours d’actualité vaut une relecture !
 
Début extrait de l'article :
 
Virus sans barrière
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Le risque de passage à l’homme de maladies animales – les zoonoses – va s’accroître dans les décennies à venir. En cause : la mondialisation des échanges et la crise écologique globale. La récente épidémie mondiale de SRAS a donné un avant-goût de ces nouveaux défis lancés aux systèmes de santé publique. Des défis qui mobilisent les médecins, les vétérinaires et les biologistes.
 
Certaines maladies reviennent régulièrement, telle la grippe, que les médecins italiens de la Renaissance avaient baptisé influenza parce qu’ils la croyaient sous l’influence des astres. D’autres surgissent tels des coups de tonnerre. C’est le cas de la fièvre de Marburg, qui a valu une renommée involontaire à la paisible ville universitaire allemande lorsque sept personnes y décédèrent, parfois en quelques heures, d’une fulgurante fièvre hémorragique il y a près de quarante ans. D’autres enfin ne disparaissent jamais, comme la brucellose ou les leishmanioses, avec qui nombre de populations méditerranéennes ont dû apprendre à vivre. Toutes sont des zoonoses. Si le terme, qui désigne une maladie causée par le passage de l’animal à l’homme d’un pathogène, n’est encore guère connu du grand public, nombre de spécialistes considèrent que les zoonoses représentent une menace majeure pour la santé publique.
 
Une barrière de plus en plus déjouée
On pourrait croire à la dramatisation. L’espèce humaine ne vit-elle pas depuis toujours au contact des animaux ? Notre système immunitaire n’at-il pas en des millions d’années appris à lutter contre ces pathogènes ? La barrière d’espèce, enfin, ne protège-t-elle pas contre ces agents infectieux animaux ? Et bien non.
"La plupart des maladies émergentes humaines proviennent de zoonoses, c’est-à-dire du passage naturel de pathogènes de l’animal à l’homme”, n’hésitait pas à écrire un trio de spécialistes (Daszak, Cunningham et Hyatt) dans la prestigieuse revue Science du 21 janvier 2000 (1).
 
Et de citer la grippe, d’autant plus dangereuse que le virus peut se transmettre des animaux d’élevage vers l’être humain; le sida, puisque les preuves s’accumulent que le HIV est passé du chimpanzé à l’homme à l’occasion de la chasse et de la consommation de viande de brousse; ou encore le terrible virus de Marburg ou son proche cousin Ebola, que l’on a découvert en 1967, après l’importation dans un laboratoire de la ville allemande de singes verts capturés en Ouganda. Bref, les virus, mais aussi les bactéries et les parasites se moquent souvent de la barrière d’espèce.
 
Pire, les opportunités pour les pathogènes de sauter cette "frontière" se sont multipliées au cours des dernières décennies. "L’urbanisation rapide, les mouvements de population, le défrichage de nouvelles terres agricoles, le commerce croissant de viande, de lait et d’autres produits animaux, l’accroissement de la vitesse et du nombre de véhicules et même le tourisme ont contribué à faire des zoonoses un problème qui n’est plus cantonné à certaines zones rurales, mais qui devient dans certains cas mondial", analyse Aristarchos Seimenis, du Centre de Lutte contre les Zoonoses Méditerranéennes de l’OMS à Athènes
 
La rançon du village global
Les zoonoses représentent un aspect méconnu de la mondialisation. Le réchauffement global permet à des espèces, notamment d’insectes, de coloniser de nouvelles régions, propageant avec elles des pathogènes. La déforestation dans les régions tropicales place l'homme au contact d'animaux qu'il ne rencontrait pas antérieurement. Les virus Hendra et Nipah, découverts en 1994 et en 1999 et mortels dans un cas sur deux, semblent ainsi provenir de chauve-souris frugivores des forêts d’Asie du Sud-Est.
 
Avec l’accélération des déplacements et des échanges internationaux, tous les habitants du "village global" sont concernés – ce qui renforce l’importance de la coopération Nord/Sud. Il y a deux siècles, une girafe faisait sensation en Europe. Aujourd’hui, les importateurs de reptiles, oiseaux et autres petits animaux de compagnie tropicaux fleurissent. A nouveaux venus, nouvelles maladies potentielles... Plus de 200 zoonoses sont aujourd’hui recensées et il en existe certainement beaucoup plus.
 
Notre ignorance ne s’arrête pas à leur inventaire. Que sait-on par exemple des mécanismes biochimiques de la barrière d’espèce ? "Peu de choses", n’hésite pas à répondre Alastair MacMillan du Laboratoire Vétérinaire Central de New Haw (UK). "Les interactions entre un pathogène et son hôte sont actuellement l’objet de recherches intenses. Mieux comprendre les mécanismes de la pathogenèse, ce qui sera facilité par la connaissance croissante des génomes, devrait nous aider à y voir plus clair."
La Task Force UE/USA sur les recherches en biotechnologie qui s'est réunie les 25-26 juin à Washington a conclu à l’urgence d'organiser une rencontre de réflexion sur ce thème. "Cet atelier, programmé pour juin 2004, concernera plus particulièrement les hypothèses expérimentales et les modèles susceptibles de vérifier les mécanismes moléculaires et ambiantaux présidant à la transmission d'agents infectieux d'une espèce à l’autre. L'homme est évidemment toujours en toile de fond, mais les questions se posent en termes de mécanismes car nos connaissances sont rudimentaires et exclusivement empiriques", explique Etienne Magnien, directeur des biotechnologies, de l’alimentation et de l’agriculture à la DG Recherche de la Commission européenne.
 
Circulation virale
A défaut de comprendre le fonctionnement de la barrière d’espèce, sait-on au moins pourquoi certains pathogènes, en particulier des virus, peuvent soudain la franchir ? "La vision la plus classique veut que les virus émergents apparaissent soudainement parce qu’ils ont évolué de novo. Mais cette insistance sur la variété des virus émergents nous fait oublier ce que beaucoup d’entre eux partagent. Dans leur grande majorité, les nouveaux virus ne sont, en réalité, pas nouveaux du tout. Ils sont des produitsdérivés de ce que j’appelle la circulation virale : le transfert àl'homme de maladies qui existent au sein de populations animales",précise le virologue américain Stephen Morse, de l’université Columbia.
 
Ce phénomène de circulation virale est particulièrement net dans le cas du virus de type A de la grippe. Il en existe différentes souches, adaptées chacune à l’infection d’une espèce : chevaux, volailles, porc, mammifères marins, et bien sûr l’homme. Chez le canard, domestique ou migrateur, le virus est en revanche peu dangereux. Ces oiseaux constituent ainsi un réservoir naturel, dans lequel le virus peut se multiplier et accumuler les mutations.
 
Son génome est, en effet, constitué de 8 segments indépendants d’acide ribonucléique ARN, ce qui a deux conséquences importantes. D’une part, l’enzyme qui reproduit l’ARN (l’ARN polymérase) étant bien moins fidèle que son homologue pour l’ADN, les erreurs de réplication sont plus fréquentes, avec à la clé des mutations susceptibles de conférer au virus de nouvelles propriétés. ce que beaucoup d’entre eux partagent. Dans leur grande majorité, les nouveaux virus ne sont, en réalité, pas nouveaux du tout. Ils sont des produits dérivés de ce que j’appelle la circulation virale : le transfert à l'homme de maladies qui existent au sein de populations animales", précise le virologue américain Stephen Morse, de l’université Columbia...
 
 
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