Gestion d’une épidémie de grippe dans un hôpital local

Publié le par RR

Gestion d’une épidémie de grippe dans un hôpital local
 
Il s’agit d’une épidémie de grippe -  SAISONNIERE du 07 Février au 02 Mars 2005
 
 
Vous êtes professionnels de la santé en secteur libéral ou hospitalier, vous avez entendu parlé d’une possible pandémie d’influenza HxNx,
 
Vous êtes citoyen, vous vous demandez comment ça se passera dans les hôpitaux  lors d’une pandémie d’influenza HxNx,
 
Lisez cet article qui vaut avertissement .
 
Merci à l’équipe médicale pour cette communication.
 
( Note sur le Drakkar Bleu Noir : Notre compassion va aux familles des personnes décédées.)
 
 
 
Gestion d’une épidémie de grippe dans un hôpital local
 
C Burtin 1, C Côte 2, L Ducruet3
1Médecin gériatre, 2Pharmacienne, hôpital de Belleville sur Saône
3Hygiéniste, équipe Inter hospitalière, C.H de Villefranche
 
Introduction
L'hôpital Local de Belleville sur Saône a connu une épidémie de grippe du 7 février au 2 mars 2005. Il s'agit d'un hôpital à vocation gériatrique qui se compose de 2 bâtiments :
 
- le bâtiment Béal de 140 lits (15 de médecine, 20 de SSR, 105 de long séjour) répartis sur 3 niveaux et 5 unités de soins.
- la maison de retraite le Moulin d’une capacité de 77 lits répartis sur 3 niveaux.
 
Description de l’épidémie
L’épidémie a débuté dans les 2 services du 2ème étage du "Béal" : le 7 février à la "Lilaterie" et le 10 février aux "Pépinières".
Elle a été découverte le dimanche 13 février, les mesures correctrices ont été mises en place le 15 février, à réception des premiers résultats virologiques positifs. Tous les patients du "Béal" étaient vaccinés contre la grippe.
La couverture vaccinale des soignants était de 33% dans le service "la Lilaterie" et 8% dans le service "Pépinières" (cf. courbe épidémique en secteur sanitaire).
 
Un 2ème foyer s'est déclaré le 16 février à la maison de retraite, les mesures correctrices ont été mises en place le 21. En maison de retraite, la couverture vaccinale des patients était de 80%, celle des soignants de 18% (cf. courbe épidémique en maison de retraite).
 
Au total 65 patients ont présenté des symptômes soit 30% des patients hospitalisés (62% des patients du Béal et 38% des patients en maison de retraite). La vaccination des patients et des soignants avait été effectuée dans la 2ème quinzaine d’octobre 2004.
Tous les cas ont bénéficié d’une recherche virologique par écouvillonnage nasal (Quick vue influenza test® du laboratoire ARGENE), mais seulement 31% sont revenus positifs.
 
L’origine de la contamination des cas index n’est pas connue.
 
Après enquête, il semblerait que l'épidémie s'est propagée à partir des lieux de vie : salle à manger, salle de détente et circulations.
 
Les premiers cas étant des patients très mobiles et "communicants". Les patients complètement dépendants et ne sortant pas de leur chambre ont pu être contaminés par le personnel ou par la famille. Treize soignants ont été atteints.
 
Les tableaux infectieux étaient variés et peu évocateurs.
 
Les patients présentaient en moyenne 2 signes cliniques [min 1 ; max 6]. Les plus fréquents étaient :
 
fièvre > 38°C (89%),
asthénie (69%),
toux productive (49%),
toux sèche (31%),
dyspnée (25%),
rhinorrhée (19%).
 
Dix-sept patients ont présenté des complications (26%) dont 2 ont nécessité une hospitalisation.
 
Trois patients sont décédés dans la période (4,6%) dont 1 décès sans relation avec l’épisode infectieux.
 
Une enquête par questionnaire a été réalisée auprès du personnel. Au total, 71 questionnaires nous ont été retournés (42% du personnel soignant).
Parmi les 13 soignants ayant présenté un syndrome pseudo-grippal, 10 travaillaient dans les services touchés par l'épidémie.
 
Mesures de contrôle
Les mesures mises en place en secteur sanitaire (du 15 au 23 février 2005) ont été :
 
- confinement en chambre de tous les patients grippés ou fiévreux.
Les autres patients pouvaient sortir dans le hall ou à l’extérieur, mais pas dans les lieux de vie des étages,
 
- port de masque chirurgical pour les soignants et non soignants lors de contact avec tout patient,
 
- lavage de mains ou désinfection en sortant de la chambre,
 
- informations aux familles par l’intermédiaire d’une affiche,
 
- prescription d’Oseltamivir en curatif et en préventif.
 
Les mesures mises en place en maison de retraite (du 16 février au 2 mars 2005) étaient les mêmes qu'en secteur sanitaire, mais elles ne concernaient que les patients présentant des symptômes.
 
Discussion
Il s’agit d’une épidémie importante qui a touché 65 patients et 13 soignants. L’identification précoce de l'épidémie est difficile devant des signes cliniques peu évocateurs et peu nombreux (les patients étant tous vaccinés). A Belleville, c’est la concentration de cas lors d’un week-end de garde en période épidémique (le seuil d'alerte était dépassé en région Rhône-Alpes depuis 6 semaines selon le réseau "SentiWeb") qui a pu faire suspecter une épidémie de grippe et faire pratiquer des recherches virologiques.
 
Les mesures d’hygiène mises en place ont été efficaces pour stopper l’épidémie. Par contre, il n’est pas possible de conclure à l’efficacité du traitement préventif par Oseltamivir, le renforcement des mesures d’hygiène ayant été mis en place en même temps que la prophylaxie antivirale.
 
Le coût du traitement a représenté environ 15% des budgets mensuels des services concernés. Le Quick vue influenza test® donne des résultats rapides mais peu sensibles en l'absence d'amplification du virus. Le résultat dépend grandement de la qualité de l'écouvillonnage. En pratique, une fois l'épidémie identifiée, il n'est pas nécessaire de faire des prélèvements chez tous les patients.
 
Conclusion
Notre expérience montre que la vaccination des personnes âgées ne peut pas être la seule mesure de prévention. On ne peut espérer éviter une épidémie de grippe en long séjour gériatrique sans :
 
- sensibiliser les soignants présentant des signes d’infection respiratoire au port de masque (1) lors de contact avec les patients, à la protection de l’environnement et au lavage des mains si on se mouche, tousse ou éternue.
 
- renforcer la vaccination antigrippale du personnel soignant (rappelons que la couverture vaccinale du personnel des services concernés était inférieure à 30%).
 
(1) à noter la nouvelle fiche ED 4136 de l’INRS faisant le point sur les différents types de masques médicaux :
Risques infectieux en milieu de soin. Masques médicaux ou appareils de protection respiratoire jetables : quel matériel choisir? Consultable à l’adresse suivante : http: www.inrs.fr.
( Dossiers - Risque biologique -Danger respiratoire : quelle protection choisir ? )
.
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anne 02/12/2005 13:49

merci drakkar..il est vrai tres bien cet article.

ryback 01/12/2005 19:33

Vraiment très intéressant. Cette étude d'un cas reel d'épidémie en milieu fermé est frappante. On y constate que la transmission progresse même avec une vaccination. Le mode de transmission principale semble bien être le contact entre patients sains et patients infectés - de plus, le port de masques est prescrit comme protection individuelle pouvant diminuer l'étendue de l'épidémie. A prendre en compte.
Amicalement.