La fièvre monte sur la grippe aviaire

Publié le par RR

( logo actif clic ouvre la source )
.
La fièvre monte sur la grippe aviaire

Ecoles, transports, hôpitaux... Face à la progression du virus, le gouvernement français affine ce matin son plan d'action en cas d'épidémie.
.
Santé  Par Eric FAVEREAU
vendredi 14 octobre 2005 (Liberation - 06:00)
.
Réunion au sommet, ce matin, entre Dominique de Villepin et plusieurs ministres. Objet officiel: le point sur l'épidémie aviaire à la lumière des cas confirmés hier en Turquie et très vraisemblables en Roumanie. Raison officieuse: à un moment où cette question tend à devenir une préoccupation des Français, montrer que la mobilisation politique est maximale, et que le gouvernement en a fait une de ses priorités. «Dans le détail, avoue d'avance un des participants, il n'y a pas vraiment d'ordre du jour, car tout est déjà lancé.» La France compte demander le renforcement au niveau européen de la surveillance des oiseaux migrateurs et la protection des élevages, et devrait formuler des propositions en ce sens. «Il n'y aura aucun obstacle économique et financier, nous mettrons tous les moyens nécessaires», a répété hier Xavier Bertrand, ministre de la Santé.
 
Echelle de gravité. C'est qu'en octobre 2004, puis en mai 2005, «un plan de lutte contre une pandémie grippale» a été élaboré, puis finalisé. «Il est perpétuellement actualisé, dit-on au ministère de la Santé. Un peu partout, on s'y prépare. «On reçoit encore cette semaine des fiches pratiques», raconte le professeur Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon. Comme par exemple: «Quels masques médicaux ou appareils de protection respiratoire jetables ?» Ou: «Conduite à tenir devant un cas suspect de grippe aviaire.» Tous les scénarios sont envisagés, même les plus dramatiques
Dans la pratique, le dispositif est divisé en plusieurs phases selon que l'épizootie se situe hors de France ou en France ; qu'il y a des cas d'infections humaines (un peu, beaucoup) ; puis des cas de transmission interhumaine, hors de France, puis en France. Bref, une échelle de gravité. A chaque phase, se mettent en place des «structures de gestion, d'appui et de décision». Au niveau le plus bas, c'est un haut fonctionnaire de défense-santé qui en a la responsabilité. Puis cela monte. «Dès qu'est confirmé dans le monde un cas de transmission interhumaine, le ministre de la Santé demande au Premier ministre la constitution d'une cellule interministérielle de crise.»
 
«Masque». Des milliers de problèmes se posent. Exemple: que faire, selon la phase d'alerte, lorsqu'un cas est détecté dans un avion en provenance d'une zone affectée ? «Le commandant de bord en fait état au plus vite à l'aéroport de destination, afin qu'il soit pris en charge par l'équipe médicale de l'aéroport. Un masque chirurgical est remis au passager malade qui est si possible isolé.» Et vis-à-vis des autres passagers ? Faut-il leur prescrire des antiviraux, leur donner un masque ? Question subsidiaire: où stocker ces matériaux ? La réponse dépend encore du niveau d'alerte où on se trouve. «Trois scénarios, signale le plan, ont été évalués par l'IVS (Institut de veille sanitaire, ndlr) sur la base des pandémies historiques. Le nombre de malades pourrait être de 9 à 21 millions, le nombre de décès de 91 000 à 212 000 en fin de pandémie (1). L'ordre de grandeur du nombre de personnes développant des complications nécessitant une hospitalisation serait de 500 000 à un million de personnes.»
 
«Pression médiatique». Dans la pire des hypothèses c'est toute la société qui se retrouverait à l'arrêt: il faudra réduire au maximum tout rassemblement, donc fermer les écoles, réorganiser les transports, limiter le plus grand nombre de déplacements. «Pendant la phase de croissance de l'épidémie, les moyens de transports collectifs, notamment urbains, seront potentiellement des lieux où l'on concentrera la population, leur arrêt est donc recommandé», dit le rapport. Quid des hôpitaux ? «La décision de mise en place d'hôpitaux de campagne relève du préfet de département ou de région, précise le plan. Pour la population générale, le port de masques peut être préconisé dans les espaces publics.» Comment gérer les déchets ? Et les services funéraires ? Sans oublier la protection des stocks des médicaments qui, d'un coup, prendront une forte valeur: ils seront placés sous la protection de l'armée.
Scénario hautement improbable, mais qui se doit ­ au cas où ­ d'être décliné jusque dans les détails. «Quelle que soit la qualité du plan, tempère un haut fonctionnaire de la santé, les difficultés résident dans la déclinaison de son application sur le terrain. Il s'agit très concrètement de faire des exercices locaux. Mais, aujourd'hui, il y a une telle pression médiatique que cela risque de nous détourner de ce travail.»
D'autant que l'urgence est ailleurs. Elle réside encore et surtout dans la surveillance au plus près de la progression éventuelle de l'épidémie en Asie et maintenant en Europe de l'Est et en Turquie (lire page 3). Avec la détection au plus vite de nouveaux cas suspects, touchant aussi bien des oiseaux migrateurs que des volailles et éventuellement des porcs. Et une vigilance maximale devant toute suspicion de contamination interhumaine, qui n'a toujours pas eu lieu. Si elle survenait, cela serait un tournant décisif.
 
«Sous contrôle». «Surveiller et surveiller encore», insiste le professeur Lucien Abenhaim, ancien directeur général de la santé, à l'origine du premier plan de lutte contre une épidémie grippale: «Entre l'OMS, le CDC aux Etats-Unis (2), l'IVS en France, et les réseaux européens, le filet est bien serré.» Ce que confirme le directeur de l'IVS, Gilles Brucker: «Aujourd'hui, la surveillance est au maximum. Même dans les pays touchés, la situation paraît sous contrôle. En tout cas, nous ne sommes pas entrés dans une phase pandémique humaine.» «La France n'est pas en retard, poursuit le professeur Abenhaim. Les décisions financières importantes ont été prises et les autorités sanitaires ont plutôt réussi à convaincre les autres pays européens, par exemple, sur deux points: la nécessité de faire de stocks importants d'antiviraux, mais aussi l'achat massif de masques de protections.» L'enjeu reste là: faute d'un vaccin, il faut se mettre en situation de réagir au plus vite pour retarder la progression d'une éventuelle pandémie.
 
(1) Estimations ne prenant pas en compte l'effet des interventions faites par les autorités sanitaires. (2) Center for Diseases Control and Prevention (Centre pour le contrôle et la prévention des maladies).
 

Publié dans Santé

Commenter cet article

ryback 15/10/2005 23:40

Et non, c'est vrai qu'actuellement les masques pour enfants ne se fabriquent pas. Il faudra les laisser à la maison les p'tits chérubins, faut prévoir des DVD et des gateaux !

patrice garros 15/10/2005 09:30

En conclusion se sont les masques qui sont les plus efficaces. Toujours disponibles sur www.prolabex.com. En revanche impossible de trouver des masques pour les très jeunes enfants, si quelqu'un connait une société qui les fabrique ?

Le Drakkar Bleu Noir 14/10/2005 22:10

Bonjour Ryback,
j'ai lu , source- oubliée pas confidentielle- ( europe je crois), que l'on travaille dur du coté des labos pour réduire les temps de mise au point en collaboration avec un staff européen.Les orientations du staff sur une souche d'H5N1 tueuse en asie ferait gagner énormement de temps pour la mise au point, reste la capacité de production...

ryback 14/10/2005 21:46

article très bien, comme d'habitude. je cite: ****L'enjeu reste là: faute d'un vaccin, il faut se mettre en situation de réagir au plus vite pour retarder la progression d'une éventuelle pandémie.
********
Les informations sur la création du vaccin confirment un délai de plusieurs semaines et j'ai même vu deux ou trois mois pour la phase de vaccination. Pendant ce temps là, il faudra bien gérer ce problème pour limiter le plus possible l'étendue géographique du virus et par là, le nombre de foyers. Ce sera un enjeu important.